Si les constructeurs automobiles ont longtemps décidé seul du développement de leurs voitures, la loi s’est progressivement immiscée dans le processus. L’arrivée du catalyseur en est un exemple. Et la Renault 5 GTE a dû s’y convertir.
Catalyser la Renault 5 ne s’est pas fait en un jour, ni de manière synchronisée. Car l’introduction du catalyseur n’a pas eu lieu même temps partout en Europe. Certes, la loi imposait une date limite : le catalyseur à trois voies est devenu obligatoire début 1993, partout en Europe. Mais chaque Etat-membre pouvait décider d’imposer cet équipement plus tôt. Ce fut notamment le cas en Allemagne et en Suisse. Là-bas, les constructeurs qui ne proposaient pas de catalyseur sur leurs voitures ont donc perdu des parts de marché.
Le moteur 1.4 turbo, disponible dans les Renault 5, 9 et 11 (qui allait être remplacé par un nouveau bloc à 16 soupapes dans les Clio et R19) ne répondait plus aux nouvelles normes. Cela signifiait donc que les modèles 5 GT Turbo, 9 Turbo et 11 Turbo ne pouvaient plus être exportés dans les pays germaniques mentionnés plus haut. Dommage, car c’était en particulier là-bas que ces versions haut de gamme se vendaient bien… Renault a trouvé la solution en remplaçant le moteur turbo par un bloc de la récente série F, qui fut équipé d’une injection multipoint. Un tel moteur pouvait être compatible avec le catalyseur légal. Voilà donc comment les trois Renault précitées ont pu se conformer aux normes d’émission plus strictes.
Dans la Renault 5, le moteur 1.7 litre de la série F équipait alors déjà la version GTX, dans une version à carburateur développant une puissance de 90 ch. Avant l’harmonisation environnementale européenne, ce moteur existait aussi dans plusieurs pays en 87 ch, mais aussi en variantes à injection monopoint de 73 ou 75 ch. L’injection multipoint a permis d’augmenter la puissance à 90 ch et a aussi augmenté le couple à 143 Nm, disponibles à plus bas régime qu’auparavant. Cela profitait directement à la souplesse d’utilisation et aux reprises. C’est pourquoi Renault a jugé pouvoir placer ce moteur dans les versions sportives du trio R5, 9 et 11. La souplesse était vendue par le constructeur comme un plus. Il est vrai que dans la petite Renault 5 les performances étaient très bonnes, avec une vitesse de pointe de 180 km/h et un sprint de 0 à 100 km/h bouclé en 9,3 secondes. Mais cette version à injection n’avait toutefois pas la pêche de l’ancienne R5 GT Turbo, qui passait, elle, de 0 à 100 km/h en 8,0 secondes et pointait à 204 km/h.
Davy Vanspauwen habite un village dans le province de Limbourg en Belgique. Le jeune homme n’a que 28 ans, mais il est propriétaire de cette belle petite Renault 5 GTE depuis douze ans déjà. Extérieurement, cette version est la copie conforme de la 5 GT Turbo. Mais elle cache donc sous son capot le moteur atmosphérique à injection catalysé que l’on vient de décrire. En Belgique, les jeunes doivent rouler pendant longtemps en conduite accompagnée avant de passer leur examen final et Davy possédait déjà alors cette voiture. Il a donc passé et obtenu son permis de conduire au volant de cette belle Renault. Peu de jeunes peuvent en dire autant…
« Depuis l’enfance, j’ai toujours été fou de voitures », nous dit Davy. « J’ai d’abord eu une attirance particulière pour la Volkswagen Coccinelle. A cause de la série de films dédiée à Choupette, mais aussi car je me baladais souvent avec un membre de ma famille qui en possédait une. Lorsque ma mère a dû changer voiture, je pensais à une Cox, mais le modèle était devenu trop vieux. Nous avons alors porté notre choix sur une Nissan Micra ou une Renault 5. J’ai longuement parcouru les petites annonces et suis tombé sur une Renault 5 SL un peu tunée. Ma mère me conduisait souvent à l’école et j’ai donc beaucoup roulé à bord de cette Renault 5. Bien que cette voiture s’arrêtait parfois un peu avant d’arriver jusqu’à l’école, j’ai quand même finalement décidé d’en acheter une pour moi... »
En tant que jeune passionné d’automobile, Davy a logiquement immédiatement porté son regard vers la sportive version R5 GT Turbo. Mais, vu l’âge du jeune homme et la puissance de la voiture, celle-ci coûtait trop cher sur le plan des assurances. C’est alors que Davy est tombé sur cette GTE dans les petites annonces belges. Un engin affichant le même look que la GT, mais sans le puissant moteur turbo. La voiture neuve fut à l’origine livrée en Allemagne, avant de déménager aux Pays-Bas, puis en Belgique.
« J’ai acheté ma voiture en août 2006. Deux ans plus tôt, le moteur avait été révisé et la peinture totalement refaite. Dès que j’ai eu mon permis de conduire, j’ai bien sûr roulé tous les jours, mais ça n’a duré que jusqu’en 2009. J’ai ensuite acheté une autre voiture pour me rendre au travail ; un véhicule mieux adapté aux trajets quotidiens. Et depuis lors, la R5 GTE ne sort donc plus que par beau temps ».
Dès le moment où sa Renault a mené une vie tranquille, Davy a décidé de la soigner et de la peaufiner dans les moindres détails. Sa recherche de la perfection a payé car cette voiture est vraiment très belle. Pas une égratignure ni un matériau abîmé ; la devise de Davy est de remplacer ce qui n’est pas parfait. Lorsqu’il a acheté la voiture, elle affichait 245.000 kilomètres au compteur ; elle en affiche maintenant plus de 292.000. Mais esthétiquement, elle les fait pas du tout. Depuis l’achat, Davy a aussi fait réviser la culasse. Et il estime aujourd’hui ne plus parcourir qu’environ 3.000 kilomètres par an au volant de sa GTE.
Plus il a appris à connaître sa voiture, plus Davy lui trouvait quelques défauts dans les détails. En janvier 2011, il a par exemple décidé de totalement repeindre l’auto. « Il y avait de la corrosion, surtout dans les coins. J’ai fait ce qu’il fallait pour les soudures, puis la voiture a été repeinte. Mais je n’étais pas encore totalement satisfait du résultat et j’ai à nouveau retouché la carrosserie en 2012. J’ai aussi des répliques des écussons originels que l’on trouvait sur la GTE, mais je ne les ai pas montés. »
La couleur officielle de la peinture cet exemplaire, c’est Rouge Flash. Mais la GTE était bien sûr disponible dans toutes les couleurs de la 5 GT Turbo. La teinte Blue Sport (bleu foncé métallisé) fut également proposée pour la GTE sur un certain nombre de pays. Mais revenons à notre exemplaire : son habitacle est aussi parfait que la carrosserie. Le revêtement des sièges avant a été en partie renouvelé, mais conserve bien sûr le motif spécifique de la partie centrale. Davy a également trouvé une radio d’origine pour sa Renault et le revêtement de sol rouge vif semble comme neuf. Le modèle dispose aussi du tapis en caoutchouc pour l’espace de rangement ouvert situé au-dessus de la boîte à gants. Un élément très rare et difficile à trouver.
David collectionne tout ce qu’il trouve sur la Renault 5, qu’il s’agisse de la première génération du modèle ou de la Supercinq. Il a énormément de miniatures, une série de brochures en tous genres, mais aussi des essais issus de magazines, des photos ou encore des listes de prix. « Tous les essais provenant de l’étranger ont été traduits, afin de les relire plus facilement. J’ai même une page tirée d’un exemplaire du magazine Playboy allemand : la Playmate de l’année de l’époque recevait comme prix une Renault 5 GTE flambant neuve. Cela ne pouvait évidemment pas manquer à ma collection… »
Personne d’autre que Davy ne peut conduire sa Renault, à part bien sûr les inspecteurs du contrôle technique. D’après lui, ils la conduisent d’ailleurs de manière trop agressive… « Et là-bas, j’ai toujours des tracas. Vu que la 5 GTE n’a jamais été importée en Belgique, elle n’est pas dans les fichiers. Je reçois donc chaque année des remarques, notamment en ce qui concerne la taille des pneus. Ce sont en fait les mêmes que ceux de la GT Turbo, mais pour le contrôle technique, c’est introuvable. »
Si on ne regarde pas le logo, il faut sortir la loupe pour pouvoir distinguer les différences esthétiques qui existent entre les versions GTE et GT Turbo. Bien sûr, en ouvrant la porte, un indice saute au nez : le tableau de bord ne dispose pas de manomètre de pression de turbo. La vitesse maximale du combiné est aussi un peu plus basse, mais les chiffres sont indiqués en rouge, comme dans la GT Turbo. Cela signifie donc que Renault ne s’est pas contenté de reprendre le combiné d’instruments de la version GTX. La GTE méritait en effet bien de disposer de compteurs spécifiques. Davy a aussi retrouvé un beau pommeau de levier de vitesse originel car sur celui de sa voiture, les chiffres n’étaient plus lisibles. Seule entorse à l’authenticité : les caches ronds dans les portes placés à la place des manivelles de lève-vitre de base ont été remplacés par des tweeters. Cette GTE est en effet équipée des vitres électriques, qui étaient à l’époque facturées en option. Autre option que Davy apprécie : le verrouillage central à télécommande, le fameux PLIP.
Le jeune homme est bien sûr fier d’avoir un modèle très rare, mais il est aussi un peu déçu de ne pratiquement jamais rencontrer un autre exemplaire de cette version GTE. Il se rend parfois à des meetings, mais uniquement si les conditions climatiques sont de la partie. Et il ne force pas le moteur, car il n’a pas acheté cette voiture pour les performances ni pour la faire souffrir.
Par contre, Davy a planifié de faire dans les deux ans un long voyage à travers la France et de photographier sa voiture dans divers beaux endroits du pays. Car la photographie est une de ses autres passions. C’est d’ailleurs lui qui a réalisé la plupart des photos qui illustrent cet article.
Davy regrette quelque peu que dans les clubs en Belgique, les Renault 5 soient trop souvent la proie des « tuners ». « Pour les clubs, je préfère les Pays-Bas, j’y trouve davantage d’enthousiasme et de reconnaissance pour la voiture. »
On précisera encore que la Renault 5 GTE a été lancée après le facelift de la Supercinq. Cela signifie donc que la voiture se base sur cette dernière pour ce qui concerne les roues, la calandre et aussi divers petits détails esthétiques. Comme on l’a déjà mentionné, à l’extérieur, le modèle ne se différencie de la GT Turbo que par son sigle GTE. Davy a restauré l’élément dans le rouge d’origine avec des lettres métalliques. Au bout du compte, vu le soin que Davy a apporté aux détails, sa voiture ne fait vraiment pas son kilométrage. Un kilométrage qui ne devrait désormais augmenter que très légèrement au fil du temps.
En détail...
Renault 5 GTE (C40905)
Moteur:
Type F3N 722, 4 temps, 4 cylindres, alésage x course 81 x 83,5 mm, cylindrée 1.721 cc. Injection électronique. Puissance maxi 95 CV à 5.250 tr/min, couple 143 Nm à 3.000 tr/min.
Boîte de vitesses:
Boîte à 5 rapports avant et une marche arrière, rapports 1e 0,324, 2e 0,543, 3e 0,758, 4e 1,034, 5e 1,259, marche arrière 0,282.
Suspension:
Avant: Type Mac Pherson avec triangle inférieur, barre antidévers. Arrières: Roues indépendantes, bras tirés avec 4 barres de torsion. Freins: avant disques ventilés, arrières disques simples.
Pneus:
195/55R 13H. Capacité du réservoir de carburant 50 litres. Poids à vide 870 kg.
Performances:
Vitesse maxi 180 km/h, acceleration 0-100 km/h en9,3 secondes. Consommation 6 litres/100 km (90 km/h), 7,7 litres/100 km (120 km/h), 10 litres/100 km (urbaine).
Dimensions:
Longueur 3,592 mètres, largeur 1,596 mètre, hauteur 1,367 mètre, empattement 2,407 mètres. Voie avant 1,323 mètre, voie arrière: 1,282 mètre.