Une longue période de repos

Après une vie active chez un meunier, ce camion Renault AGC2 de 1938 a connu une longue période de repos. Jusqu’à ce que le propriétaire actuel redonne vie à ce 2 tonnes en neuf mois de temps. C’était il y a quatre ans.

Si vous cherchez sur internet des camions Renault de la fin des années 30, vous tomberez certainement sur des photos de modèles embarquant des soldats allemands se déplaçant à travers l’empire de l’époque. Plusieurs camions Renault se sont même retrouvés jusque sur le front russe. Pendant, la guerre une petite partie ont été produits sous commandement allemand dans les usines Renault, mais la plupart des modèles ont tout simplement été confisqués à l’armée française et aux entreprises qui les avaient achetés avant le début des hostilités. Et un grand nombre d’exemplaires ont succombé durant la guerre. Il est donc très rare de trouver un modèle ayant survécu. Le camion qui nous occupe est actuellement dans les mains de son troisième propriétaire. Le meunier qui l’utilisait avant la guerre a su cacher ce camion jusqu’à la fin des événements et a donc pu le réutiliser en 1944. 

Production

Entre novembre 1937 et novembre 1939, Renault a produit quelque 3.445 unités du camion AGC2, en version civile. Puis, 2.702 exemplaires furent produits pour l’armée entre juin 1939 et mars 1940. Les archives indiquent aussi 109 unités supplémentaires d’une version spéciale, sans détailler clairement les spécificités de ces modèles. Au total, l’AGC2 a donc été produit à 6.256 exemplaires toutes versions confondues. Le modèle qui nous occupe ici porte sur sa plaque ovale le numéro 1.612. Il s’agit donc d’un exemplaire de la série dont la production a débuté début août 1938.

2 tonnes

La production de l’AGC2 ayant pris fin en mars 1940, cela signifie que Renault n’a pas produit ce type de véhicule pour l’armée allemande. Ce sera par contre le cas de son successeur, l’AGC3. Et, à côté de la version 2 tonnes, il existait aussi durant un temps un AGCL2, dont la lettre L signifiait “Léger”: il s’agissait d’une version avec une charge utile de 1,5 tonne. Quelque 1.633 exemplaires de ce type ont été produits à Billancourt.

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Trois places

Nous sommes en France : il fait nuageux et une fine pluie tombe du ciel lorsque nous découvrons ce camion Renault AGC2, parfaitement restauré. La vue du camion et du décor évoque l’univers des routiers dans l’immédiat après-guerre français. Surtout lorsque nous arrivons dans le village d’Harsault, sur le site industriel d’une ancienne usine abandonnée depuis des décennies. Il s’agit en l’occurrence des anciens Etablissements Jules Dorget, qui fabriquaient des accessoires textiles pour l’armée. L’usine se situait sur le Canal de l'Est.

La cabine du camion est très basique. On trouve une banquette trois places non réglable et la colonne de direction est évidemment fixe elle aussi. Et on ne parlait bien sûr pas à l’époque de direction assistée. Pour pourvoir manœuvrer, il faut donc que l’engin soit en mouvement. La boîte de vitesses compte quatre rapports. La première et la deuxième ne sont pas synchronisées, ce qui signifie que le conducteur devait donc maîtriser l’art du double débrayage. Démarrer en pente est assez simple, mais rétrograder en première ou deuxième vitesse pour attaquer une pente raide demande donc de l’exercice. Le moteur est un 2,4 litres de 85 ch, que l’on trouvait également dans la Renault Vivaquatre. Il émet une sonorité que les connaisseurs reconnaîtront tout de suite. Un vrai bloc Renault. À 60 km/h, l’engin est pratiquement à fond. Mais c’est déjà pas mal si l’on se rappelle que les autobus parisiens de l’époque ne dépassaient pas les 35 km/h. Et l’ambiance est agréable dans la cabine. Pour rafraîchir les passagers, le pare-brise peut même s’entrouvrir, comme c’était le cas sur beaucoup de voitures de cette époque. La visibilité vers l’avant est excellente et le conducteur cerne bien le capot. Par contre, la visibilité vers l’arrière est moins bonne. L’AGC2 dispose certes d’un petit rétroviseur rond sur le garde-boue avant gauche, mais celui-ci ne donne qu’une vue générale du paysage arrière et ne convient pas pour bien surveiller le trafic.

Confort de conduite

Sillonnant les Vosges à la recherche d’un bon coin pour nos photos, le camion n’est pas passé inaperçu… Il a suscité des regards admiratifs et de nombreux signes de sympathie durant notre passage dans les petits villages préservés, qui ont vu défiler durant leur histoire bien des modèles AGC2. Cette balade nous a aussi fait remarquer que le confort de ce 2 tonnes est plutôt correct. Certes, l’empattement de 3,34 mètres est plutôt limité, mais les gros pneus (jumelés à l’arrière) absorbent bien les irrégularités du revêtement. Et les amortisseurs hydrauliques à l’avant contribuent aussi au confort de conduite. Les freins s’actionnent bien sûr via une commande par câble, mais disposent d’une assistance mécanique qui, dans les années 30, était également montée sur les voitures particulières de la gamme Renault. 

20 sacs

La seule différence entre les versions 1,5 et 2 tonnes concerne donc la charge utile. Sur cette dernière, le châssis pouvait donc être plus fortement lesté. Et dans la brochure de l’AGC2, Renault faisait même l’inventaire des possibilités de ce qui pouvait être transporté : 60 caisses contenant chacune 15 bouteilles, 40 sacs de charbon de 50 kilos, 8 barils de 200 litres d’essence, 800 pierres, deux bœufs de 900 kilos chacun ou 40 sacs de 50 kilos de pommes de terre. On note aussi deux exemples qui intéressaient le premier propriétaire de notre exemplaire : 20 sacs de blé de 100 kilos ou 16 sacs de farine de 120 kilos. Mais le catalogue n’indique pas comment bien les décharger, une opération qui s’effectuait bien sûr à l’époque à la main... Renault présentait aussi plusieurs types d’architectures pour ce modèle. À l’avant, on retrouve une agréable cabine fermée à toit rehaussé. Pour la partie arrière, on pouvait notamment choisir une vaste surface plate de 4,37 mètres carrés pour le transport de charbon. Mais aussi une petite benne d’un volume utile de 1,7 mètre cube ou encore une version fort similaire à celle qui nous occupe ici, avec caisse en bois aux cloisons ouvrantes et structure bâchée. Cette variante offre un espace de chargement de 2,50 mètres de long, 1,55 mètre de large et 1,80 mètre de haut. Des dimensions qui étaient très généreuses dans les années trente. 

Trois places
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Travail énergique

Stéphane Hans, le propriétaire actuel, habite Uriménil, dans les Vosges. Bien qu’il ne soit âgé que de 38 ans, l’homme possède ce camion Renault 2 tonnes de 1938 depuis 20 ans déjà. Il a acheté l’engin à son premier employeur : le concessionnaire Renault de Xertigny, commune située entre Epinal et Bains-les-Bains. Ce dernier l’avait lui-même acheté au premier propriétaire, un meunier de la région. La voiture a été rangée au sec et c’est il y a seulement trois ans que Stéphane et son père ont entamé la restauration. Ils en sont venus à bout après 9 mois de travail énergique.

Bricolage

« Quand j’ai acheté le véhicule en 1997, le moteur était bloqué. Je me suis immédiatement assuré qu’il fonctionnait bien. Je l’ai régulièrement fait tourner et j’ai aussi parfois roulé un peu avec le camion. Durant toute la durée de la restauration, le moteur n’a pas été ouvert. Je n’ai même pas changé le joint de culasse. Trois ans se sont maintenant écoulés depuis lors, 1.200 kilomètres ont été parcourus et le moteur à 4 cylindres tourne toujours très bien. La boîte de vitesses et le pont arrière ont été démontés, de même que le système de freinage. »

Le nouveau propriétaire nous dit aussi en souriant qu’il s’est marié à bord de l’AGC2 il y a quatre ans. « La veille de l’inspection officielle, la pompe à essence a rendu l’âme. Cela m’a pris une nuit de bricolage pour arranger les choses, mais le véhicule a ensuite été approuvé. » Il a aussi veillé à ce que le camion conserve ses caractéristiques de poids, afin de pouvoir le conduire avec un permis auto classique. Le certificat d’immatriculation mentionne un poids de 3.180 kilos. Si on ajoute à cela deux tonnes de chargement, un permis camion est nécessaire.

 La structure de chargement originelle était plus imposante que celle d’aujourd’hui. Pour la restauration, Stéphane s’est basé sur des photos mais a quelque peu réduit le format. La structure en bois a été refaite exactement dans le même style que l’originelle. Les serrures et charnières ont été soigneusement restaurées et la bâche abrite une structure avec armoires et installations pour le camping.


La cabine

Le camion n’a pas nécessité de gros travaux de soudure puisque le véhicule est resté au sec pendant de longues années. « Le bas des portières a été changé. Le carrossier a aussi fait le nécessaire dans la cabine. Nous avons cherché quelqu’un qui pouvait réaliser le travail sans ajouter trop de poids au véhicule. Nous avons enlevé la cabine, les ailes et le capot. Je voulais que la restauration soit réalisée en 9 mois, en prévision d’un événement auquel je voulais participer et juste avant mon mariage. Les pièces sont revenues de la peinture précisément un mois avant le contrôle technique. Et le montage des pièces a donc pris un mois de travail et de sueur », sourit le propriétaire.

En détail...

Renault AGC2 1938


Dimensions:

Longueur 4,90 mètres, largeur 1,95 mètre, largeur du chassis 0,75 mètre, voie avant 1,50 mètre, voie arrière 1,52 mètre, poids en ordre de marche du chassis 1.600 kg, poids cabine et carrosserie inclu 3.140 kg, réservoir de carburant 75 litres. Consommation 19 litres/100 km, consommation d'huile 0,5 litre/100 km.

Moteur:

4 cylindres, culasse en aluminium, cylindrée 2.384 cc. alésage x course 85 x 105 mm. Puissance 48 CV à 3.000 tr/min. 6 Volt/90 Ah installation électrique avec démarreur. Avance automatique avec correcteur à main. Graissage sous pression par pompe à engrenage commandée par l'arbre à cames. Filtre à huile. Refroidissement par eau. Circulation d'eau accélérée par pompe sur l'axe du ventilateur.

Transmission:

Boîte à 4 vitesses avant et une marche arrière, 3e et 4e silencieuses à prises à crabots. Embrayage à disque unique fonctionnant à sec, pont arrière Banjo porteur, démultiplication simple par couple conique: 7 x 45. Suspension par ressorts compensateurs. Amortisseurs avant hydrauliques. Freins au pied sur les 4 roues, servo-frein mécanique, freins à main sur les roues arrières, levier sur le tableau. Pneus simples avant, jumelés arrière, dimensions: 6,50 x 20.

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Renault AGC2 1938

L’Agriculteur, le boulanger et le…meunier