Dans le segment des petites voitures, il y a eu un avant et un après Renault 5. Car en janvier 1972, le constructeur montrait qu’une petite voiture de ville moderne pouvait aussi couvrir confortablement de longs trajets autoroutiers. Mais comment cette première R5 roule-t-elle en 2018 ?
En 1972, hormis les coupés R15 et R17, toutes les Renault à hayon disposent de portes arrière. C’est alors que la Renault 5 entre en piste. Sur le plan des dimensions, de la suspension et de l’emplacement du moteur, la base technique est proche de celle des R4 et R6. Mais en matière de style, d’aménagement intérieur et de tenue de route, la voiture apporte de grandes évolutions. Des évolutions qui ont immédiatement affecté la concurrence.
Avec ses 3,50 mètres de long, la R5 se classe parmi les véritables voitures citadines. Des autos qui ne sortent que rarement des centres-villes encombrés. Mais à l’époque, les cités commencent à s’étendre et les gens habitent de plus en plus souvent en banlieue. Les conducteurs bouclent donc de plus grandes distances pour leurs trajets domicile/lieu de travail. Donc, une pure citadine ne convient plus parfaitement à leurs attentes. Le consommateur en veut plus. Et il attend aussi une plus grande fonctionnalité de l’habitacle. Car si on se rend toujours à pied chez le boulanger ou le boucher, pour les autres courses, on va désormais au supermarché. Et là, on a besoin d’un espace de chargement modulable.
La Renault 5 TL qui nous occupe se place juste au-dessus de la version d’entrée de gamme. Elle est animée par le moteur de 956 cc à vilebrequin à 5 paliers, issu de la R8. Ce bloc délivre une puissance de 44 ch et est couplé à une boîte de vitesses manuelle à 4 rapports. Si les premiers exemplaires de la 5 TL disposaient toujours d’un levier intégré au tableau de bord, celui-ci a été remplacé pour le millésime 1977 par une commande au plancher.
Et si les pare-chocs en plastique sont aujourd’hui la norme, au début des années 70, la plupart des voitures s’équipent de boucliers en métal chromé. La R5 affiche donc une allure très moderne pour l’époque, avec ses pare-chocs en polyester de couleur gris clair. Et ils absorbent mieux les petits chocs dus aux manœuvres de parking. On reconnaît aussi la version TL à ses roues spécifiques ajourées, permettant de mieux refroidir les disques de freins (uniquement à l’avant). Les enjoliveurs de roues sont également présents sur ce niveau d’équipement, de même qu’une bande décorative longeant les seuils de portes. Quant aux joints du pare-brise et de la lunette arrière, ils se couvrent d’un jonc de couleur métallique.
Cette petite Renault se distingue aussi par la construction de ses poignées de portes, qui consistent simplement en un bouton poussoir et un creux dans la carrosserie pour y glisser la main.
À l’arrière, les feux plats et les grilles sont alignés en hauteur, créant un élément de style marquant. On note encore les deux réflecteurs plantés dans le pare-chocs arrière et les feux de plaque englobés dans deux blocs noirs. Le bouchon de carburant est lui intégré au bas de l’aile arrière droite.
Notre bel exemplaire est issu de la collection Renault et date de 1977. Il est peint en bleu foncé (couleur n°460) et se garnit d’un habitacle de couleur tabac. Le compteur affiche 43.600 kilomètres réels. La voiture a été repeinte et révisée techniquement, mais le tissu des sièges est d’origine. Il a juste été ôté pour remplacer les matériaux situés dessous.
Cette Renault 5 TL semble comme neuve et est particulièrement agréable à conduire. Plus gros que celui de la version de base, le moteur est aussi plus coupleux et plus vivant. Le 4 cylindres respire joyeusement et émet une sonorité reconnaissable. Sur cet exemplaire, le levier de boîte au plancher est un peu brouillon. Au début, on doit donc un peu chercher les vitesses. Mais on trouve rapidement ses marques et cette Renault 5 dégage ensuite une agréable frivolité juvénile, qui est contagieuse pour le conducteur.
En roulant, on constate que les montants de portes sont aussi fins que les surfaces vitrées sont généreuses, ce qui offre une bonne visibilité périphérique. Les petits sièges souffrent d’un dossier assez bas qui pousse dans le dos sous les omoplates. Le comportement routier est typique des voitures françaises des années 70 : la suspension est douce et prévenante sur les innombrables casse-vitesse qui poussent aujourd’hui partout sur nos routes.
Outre la tenue de route et le confort, on apprécie aussi la simplicité de cette voiture : tout le monde peut l’utiliser facilement ; pas besoin de gros manuel d’instruction et pas de systèmes électroniques compliqués. On ne trouve ici que des tirettes pour le chauffage et des poignées pour ouvrir les portes. Rouler en R5 nous plonge dans le temps et nous fait réaliser combien les voitures d’aujourd’hui sont devenues trop complexes. Cela nous rappelle aussi que le concept d’un petit moteur suffisamment coupleux associé à une carrosserie légère (ici 775 kilos) n’est pas une idée nouvelle. Renault appliquait déjà cette recette dans les années 70 (et même avant).
C’est donc avec douleur que nous avons coupé le moteur. Mais cette expérience donne envie de fouiller les petites annonces pour partir à la recherche d’un bel exemplaire du modèle…
En détail...
Renault 5 TL (R1222)
Dimensions :
Empattement : 2.404 mm, longueur 3.506 mm, largeur 1.525 mm, largeur des voies (avant/arrière) 1.288/1.244 mm, hauteur 1.400 mm (à vide), diamètre de braquage 9,75 mètres (entre trottoirs), contenance du réservoir de carburant 38 litres, volume du coffre de 270 à 900 litres.
Moteur et prestations :
Type 689-10, 4 cylindres en ligne, cylindrée de 956 cc, alésage x course 65 x 72 mm, rapport volumétrique 9,25:1, carburateur Solex 32 SEIA, puissance 44 ch DIN à 5.500 tr/min, couple 6,4 mkg DIN à 3.500 tr/min, vitesse maxi 135 km/h, accélération de 0 à 100 km/h non communiquée. Consommation : 6,1 l/100 km (90 km/h), 8,6 l/100 km (120 km/h), 9,0 l/100 km (ville), moyenne de 7,4 l/100 km.
Transmission :
Type 354-22, boîte manuelle à 4 rapports, rapport de boîte : 3,667 (1ère), 2,235 (2e), 1,458 (3e), 1,034 (4e), 3,231 (marche arrière) et rapport de pont de 4,125.
Pneus :
D’origine: 135 SR 13, roue de secours dans le compartiment moteur.
Freins :
Avant : disques de 228 mm. Arrière : tambours de 180 mm. Frein de parking sur les roues arrière.
Suspensions
Avant : roues indépendantes, barre de torsion, barre antiroulis de 12 mm. Arrière : roues indépendantes, bras tiré, barre de torsion.
Poids :
Total : 775 kg ; charge utile : 400 kg ; poids tractable : 750 kg.