Renault 8 1969

Simple et d’origine

Modèles modestes

Sur le marché des oldtimers et youngtimers, on se focalise souvent sur les séries spéciales et les versions chères ou sportives. Il existe pourtant aussi des modèles modestes qui ne manquent pas de charme. C’est le cas de cette Renault 8 de 1969.

C’est en 1962 que Renault lance la très angulaire R8, qui se place dans la gamme au-dessus de la Dauphine. Elle n’est pourtant pas beaucoup plus grande, mais ses formes carrées offrent une meilleure habitabilité aux passagers. Côté coffre aussi la R8 apporte une belle évolution par rapport à la Dauphine. Et la marque fait également un grand pas en avant sur bien d’autres points. Bien que le moteur reste placé à l’arrière, le soubassement est en effet renouvelé. Et les 4 roues s’équipent de freins à disques, ce qui est une première pour une voiture populaire abordable. Enfin, la R8 s’offre au lancement le bloc 4 cylindres de 956cc avec vilebrequin à 5 paliers, à la place du moteur de 845cc à 3 paliers de la Dauphine.

DES CADRANS RONDS

En 1964, Renault élargit la gamme avec l’éphémère R8 Major. Cette version plus luxueuse reçoit en primeur le plus gros moteur 1.108 cc à 4 cylindres, qui offre de meilleures performances. Puis, d’année en année, la R8 profite de petites améliorations, dont l’arrivée d’un tout nouveau tableau de bord pour le millésime 1968. Le compteur de vitesse horizontal cède la place à deux cadrans ronds, qui regroupent le compteur de vitesse et de kilomètres, mais aussi la jauge de carburant et divers voyants. Bien sûr, Renault a aussi fait évoluer la gamme de couleurs extérieures et d’habillages intérieurs jusqu’à la fin de la production, en août 1973. Et 35.000 exemplaires supplémentaires ont encore été produits jusqu’en 1976 en Espagne.  

Économe et soigneux

L’exemplaire qui nous occupe est une Renault 8 qui a été livrée le 10 décembre 1969 par le concessionnaire Renault de Limoges de l’époque, à savoir les Etablissements J. Bernis. Le premier propriétaire, Marcel Seneque, vivait lui aussi à Limoges. Il s’est offert une voiture blanche avec un intérieur en tissu rouge. Sont peints en rouge les sièges avant, la banquette arrière, les panneaux de portes et le tapis de l’espace situé sous la lunette arrière. Voilà une combinaison de couleurs plutôt rafraîchissante. Économe, le premier propriétaire a pris soin de sa voiture depuis le début : il l’a pratiquement toujours parquée à l’intérieur et l’a très peu utilisée. Avec l’âge, l’homme a fini par laisser sa monture dans le garage, sans manquer de frotter régulièrement la belle carrosserie blanche. En 1995, l’heure de la séparation a sonné, précipitée par un ordre médical, qui stipulait que le propriétaire n’était plus en état de conduire. Après maintes hésitations, ce dernier a donc décidé de vendre sa voiture chérie à un employé du garage Renault Lacoux de la commune voisine d’Isle.

Mais n’importe quel passionné cherchant une R8 en parfait état serait resté bouche bée devant la voiture…
John Doe

Son nom : Alain Aubert. Dans l’atelier, il a effectué quelques opérations techniques et réparé quelques légers dégâts. Bien qu’il ne gardera pas la voiture longtemps, il a aussi décidé de la remettre totalement à neuf (elle n’était pourtant déjà pas si mal…). Après une nouvelle couche de peinture, la R8 est redevenue aussi radieuse que le jour du contrôle qualité de sa sortie d’usine, en 1969. Les roues, enjoliveurs, plaques signalétiques et phares étaient redevenus étincelants. Au changement de propriétaire, le moteur n’avait parcouru que 15.363 kilomètres ; après une vidange et de nouvelles bougies, le moulin a lui aussi retrouvé sa jeunesse. Mais pas de nouveau filtre à huile. Ben non, car en 1969 il n’y en avait pas non plus de série ! Ce deuxième propriétaire n’a pas utilisé beaucoup la voiture car il en possédait d’autres. Mais il y avait des restes de confettis dans l’espace moteur. On peut donc en conclure que cette belle berline blanche a dû participer à un mariage…  

Je n’étais pas à la recherche

La voiture était parquée près du garage, à côté d’une station-service quand je l’ai vue pour la première fois. C’était il y a 20 ans. En l’espace de quelques jours, je suis passé à trois reprises devant l’engin. La première fois, je me suis dit : « Chouette, une belle R8 ! ». A mon troisième passage, la voiture était toujours parquée exactement au même endroit. Alors, j’ai pensé qu’il était temps de m’arrêter. Je n’étais pas à la recherche d’une R8, j’avais juste envie de la voir de près. J’ai été impressionné par l’état impeccable et d’origine de la voiture, ses détails soignés. L’habitacle a aussi attiré mon regard, par sa couleur et son état. Puis, mon œil s’est posé sur le compteur kilométrique. J’ai lu 17.600 kilomètres. D’abord, je me suis dit : vu les 27 ans de l’auto, c’est certainement 117.600 kilomètres... Mais l’intérieur aurait alors dû être plus usé. Pour plus d’informations, la charmante dame de la station-service m’a envoyé à l’atelier, à l’étage, le bâtiment étant construit en pente. J’ai demandé Alain et un sympathique Français s’est retourné. À la question : la voiture est-elle à vendre, il hocha la tête de haut en bas, mais ajouta que j’étais sans doute arrivé trop tard. Il y avait déjà un autre amateur sur le coup, en attente de confirmation. Il trouvait le prix fort élevé. Mais n’importe quel passionné cherchant une R8 en parfait état serait resté bouche bée devant la voiture… J’ai proposé d’appeler Alain le vendredi de cette semaine-là. On a convenu que si la voiture était toujours là, je ferais un essai. On s’est serré la main. 

Elle se rapproche

J’ai appelé le vendredi. À l’autre bout du fil, c’était la charmante dame de la station-service. Lorsqu’elle a entendu mon nom, elle a immédiatement déclaré : « Alain est d’accord pour que vous achetiez la voiture ». Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je lui ai rappelé que j’étais le Hollandais qui est passé quelques jours plus tôt. Elle s’en souvenait bien. Le candidat français n’avait donc pas acheté la voiture. D’un coup, une Renault 8 se rapprochait très fort de moi... Le samedi matin, à 10h pile, j’étais devant la porte.

Alain n’y était pas... Mais j’ai quand même reçu les clés de la belle. Le bloc 1.108 cc a immédiatement pris vie, tournant un peu haut sous l’effet du choke automatique. Le long levier légèrement coudé commandait une boîte de vitesses comme neuve. Cette sensation valait pour toutes les pièces de la voiture. Même le tapis noir en caoutchouc était parfait. Souci du détail : un autre tapis avait été rajouté sous le pédalier des années plus tôt pour éviter l’usure du premier ! Seul un indice trahissait l’âge de la voiture : le tissu décoloré sur le bord supérieur de la banquette arrière. Dommage aussi qu’Alain ait vissé un volant sport sur la colonne de direction. Mais, bonne nouvelle : j’ai trouvé le volant d’origine dans le coffre. Et ce volant était lui aussi comme neuf.

Confortable

Après quelques kilomètres à profiter de la souplesse du moteur, l’aiguille de carburant est tombée dans le « rouge ». Ce fut donc un bref essai. Mais il n’en fallait pas plus pour me convaincre : cette vielle dame française de l’automobile avalait toujours la route confortablement et agréablement. Un ancêtre délicieux, qui roulait presque comme une nouvelle auto. Pas de bruits parasites, de couinements ou autres craquements. Je retrouvais la voiture comme avait dû la découvrir son premier propriétaire à la sortie du garage. 

Les papiers en poche

Bien sûr, il y avait des R8 beaucoup moins chères, mais resoudées et mal repeintes. Celle-ci me mettait à l’abri des mauvaises surprises. La vente fut conclue, la dame de la station allait prévenir Alain. Je me suis dit que pour une voiture ayant parcouru si peu de kilomètres en tant d’années, un voyage de 800 kilomètres d’une traite vers les Pays-bas relevait de l’épopée… Mais cela allait aussi être le cas pour moi. Quoi qu’il en soit, une semaine plus tard, j’étais de retour sur place avec la somme en poche. Après l’échange billets contre papier du véhicule, la R8 était à moi. Une heure plus tard, en ce samedi fin d’après-midi, en inspectant à nouveau la voiture, je me suis dit que j’avais vraiment fait un achat unique. Pas une tache de rouille et une belle robe blanche sans accrocs. J’ai immédiatement changé le nouveau volant contre celui d’origine.

Mon œil s’est posé sur le compteur kilométrique. J’ai lu 17.600 kilomètres. D’abord, je me suis dit : vu les 27 ans de l’auto, c’est certainement 117.600 kilomètres...
John Doe

Mais une chose m’inquiétait : les pneus n’avaient pas été changé depuis 1969… Et ils présentaient de grosses fissures dues à la sécheresse. Le lendemain, pour le retour en Hollande, la prudence était donc de mise. Mais après quelques kilomètres d’autoroute, j’ai aperçu une station-service qui vendait des pneus neufs. Ils avaient la bonne taille de gommes en stock. Je n’ai pas pris de risque : j’ai acheté 4 nouveaux Firestone. Pas mon choix favori, mais d’après le manuel d’instruction d’époque (qui était bien sûr présent aussi dans la voiture…), ces pneus avaient également été montés de série par Renault en 1969. C’est donc confortablement et en toute confiance que je suis rentré chez moi en une seule étape. Quel merveilleux exemplaire... Une voiture qui n’avait jamais eu la vie dure et qui ne l’aura jamais non plus avec moi. J’ai toujours roulé avec cette Renault 8 sans jamais emporter un tournevis en poche. Depuis 20 ans que je possède cette auto, je n’ai jamais eu de réparation importante à faire. Et le compteur vient seulement de dépasser les 25.000 kilomètres. Elle est à peine rodée, quoi !

En détail :


Renault 8 1969

Moteur : 4 temps, 4 cylindres, cylindrée : 1.108 cc. Alésage x course 70 x 72 mm. Puissance : 43 ch DIN à 4.600 tr/min, couple : 7,9 m.kg SAE à 3.000 tr/min.

Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports, tous synchronisés, démultiplication : 1ère - 3,61, 2e - 2,26, 3e - 1,48, 4e - 1,03, marche arrière - 3,08. Suspension à 4 roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux avec amortisseurs télescopiques avant et arrière, barre stabilisatrice avant.

Vitesse maxi : 133 km/h.

Freins : 4 freins à disques hydrauliques, diamètre des disques : 261 mm. Taille des pneus : 145 x 380.

Installation électrique : 12V, dynamo de 22 ampères, batterie de 40Ah.

Dimensions : Longueur 3,995 mètres, largeur 1,490 mètre, hauteur 1,405 mètre, empattement 2,270 mètres, coffre 240 litres, réservoir d’essence 38 litres. Poids à vide : 765 kg. Diamètre de braquage 10,25 mètres (entre murs).