Concept 900: à l'inverse
Photo: Vue latérale de la Renault 900 Concept
Dans la seconde moitié des années 1950, Renault travaillait sur le concept d'un véhicule avec l'habitacle à l'avant et le moteur à l'arrière. Un modèle qui s'intégrait dans le but de créer le plus d'espace intérieur possible dans un véhicule de longueur modeste.
Un projet progressif a abouti à trois variantes. Le concept Renault 600 a vu le jour en 1957, suivi de deux versions de la 900 en 1959. Les origines du concept remontent à 1948, lorsque Renault a développé un taxi monospace basé sur la Juvaquatre, où le moteur était à l'avant. L'idée était bien développée et aurait même été qualifiée de révolutionnaire quelques décennies plus tard. Le prototype est doté d'une cloison entre le conducteur et les passagers et d'un grand toit qui pouvait être ouvert à l'arrière. Des essais avec le modèle d'essai sont effectués dans les rues de Paris, avec la conclusion que le modèle n'est pas commercialement viable à l'époque.
En 1957, le projet est poursuivi, mais séparé de son rôle de taxi. Le moteur s'est déplacé vers l'arrière, tandis que tous les occupants étaient assis à l'avant. Pour une voiture de tourisme, il était inhabituel que le conducteur et le passager avant soient assis sur l'essieu avant, les pieds directement derrière le pare-chocs avant. Pourtant, cette construction n'était pas si étrange si l'on considère les bus et les autocars où cette disposition était déjà courante.
Le projet est dirigé par Yves Georges, à l'époque chef du département développement chez Renault. Pendant un moment, on a pensé utiliser le moteur à plat à six cylindres refroidit par air de la Chevrolet Corvair, mais finalement, Renault a construit son propre V8 qui était un assemblage de deux moteurs Dauphine. En théorie, cette voiture devait succéder à la Frégate, le modèle haut de gamme de la famille. Dans la phase de conception de la carrosserie, il a été fait appel à Sergio Coggiola, un ancien employé du studio de design italien Ghia qui a travaillé plus souvent avec Renault pendant ces années. Le designer interne Michel Béligond a également participé à la conception.
Photo : Le moteur V8 compact est composé de deux moteurs à quatre cylindres de la Dauphine
La Renault 600 a été créée sur une base Dauphine avec le moteur à l'arrière et a été construite en 1957. Au départ, on envisageait encore de l'utiliser comme taxi. Deux variantes du Concept 900 ont suivi en 1959, toutes deux avec le moteur V8. Dans l'une d'entre elles, le bloc moteur était située derrière l'essieu arrière, tout comme les moteurs de la Dauphine et de la Floride. Dans cette seconde variante, le modèle vert de notre reportage, la source d'énergie était placée juste devant l'essieu arrière, ce qui permettait une meilleure répartition du poids.
Photo : Sur ce modèle de la Renault 900, l'espace pour les bagages se trouve derrière le moteur
Le premier des deux exemples de la Renault 900 soulève deux objections majeures. Comme le moteur se trouve tout à fait à l'arrière, le compartiment à bagages n'est accessible que par le siège arrière. Ce n'est pas vraiment pratique. Renault résout cette objection avec la seconde, la Renault 900 verte. Le moteur est alors déplacé en position centrale, créant ainsi un grand espace pour les bagages derrière le moteur. Du point de vue de la sécurité, la position basse, loin d'être optimale, du conducteur et du passager sur l'essieu avant est inséparable du concept de la 900. L'accessibilité du poste de conduite est considérablement améliorée dans cette deuxième version par l'adaptation d'une colonne de direction qui peut être rabattue au moyen d'un levier situé au-dessus des pédales. Ce n'est pas un luxe superflu quand on monte dans la voiture.
Renault construit la carrosserie à partir de panneaux d'aluminium qui sont collés entre eux. Il est agréable de voir à quel point ce prototype est bien conçu jusque dans les moindres détails. A l'extérieur, à l'avant, il possède un beau monogramme, ainsi qu'un pare-chocs dans le style de la Dauphine et de la Floride, les poignées de porte de cette dernière et les ouïes latérales pour améliorer le flux d'air destiné au moteur. Il en va de même pour les feux arrière triangulaires, presque transparents, l'éclairage chromé de la plaque d'immatriculation et les enjoliveurs connus de la Dauphine.
Renault a également complété l'intérieur. La couleur de la carrosserie y joue un rôle, non seulement dans la garniture, mais aussi dans le logement des instruments. Le large indicateur de vitesse au centre est en vogue dans les années 1950. À gauche, on trouve la jauge à carburant et à droite une jauge pour la pression d'huile et quelques voyants lumineux. Sur le bord inférieur, on retrouve un certain nombre d'interrupteurs simples dont la fonction est totalement indéfinie.
Les sacs 'pompadour' omniprésents aux portes avant et contre le dossier du siège avant, destinés aux passagers arrière, sont frappants. L'espace intérieur offert est surprenant, surtout à l'arrière où il y a beaucoup de place même pour les personnes de grande taille. La banquette avant se trouve entre les passages de roues. On y retrouve des assises souples en tissu à carreaux. Le volant relativement grand est muni d'un anneau intérieur pour le klaxon. Le concept 900 peut évoquer une image de voilier. Des lignes surprenantes ont été intégrées à la carrosserie qui n'attirent l'attention qu'après une étude minutieuse du design.
Si l'on se penche sur l'histoire de l'automobile à partir du milieu des années 1950, on peut conclure que le concept de la Renault 900 était en partie en avance sur son temps, mais qu'un certain nombre de caractéristiques n'avaient certainement pas encore été entièrement élaborées pour être lancées dans des modèles de série.
En détail...
Renault 900 1959
Moteur :
8 cylindres en V, cylindrée 1 690 cc, alésage x course 58 x 48 mm, puissance environ 80 ch, puissance fiscale 10 CV.
Boîte de vitesses manuelle, ressorts hélicoïdaux. Système de freinage avec freins à tambour sur les quatre roues.
Dimensions :
Longueur 4,30 m, largeur 1,80 m, hauteur 1,55 m.
Poids : 1 020 kg