Hydroplane

Miss Renault/Elf

Au début des années 80, Renault était aux Etats-Unis le sponsor principal d’un hydroplane qui participait au Championnat du Monde de l’Union Internationale Motonautique (UIM). Cette Formule 1 des mers existe toujours. Elle appartient maintenant à Alex Bogert, de Detroit, et navigue désormais sans inscription Renault sur sa coque.

L’hydroplane est le bateau à hélice « planant » le plus rapide que l’on puisse rencontrer. Il se compose de deux flotteurs avant, qui servent uniquement à maintenir le navire à flot avant que celui-ci ne « plane ». La coque est totalement plate à l’arrière, de sorte qu’à haute vitesse, le bateau se soulève et n’a presque plus aucun contact avec l’eau. 

Fibre époxy

Alex nous raconte l’histoire de sa Miss Renault : « En 1983, Jerry Schoenith charge le designer et constructeur Jon Staudacher, de Kawkawlin dans le Michigan (USA), de lui fabriquer un hydroplane au moyen de la technique époxy de West System, développée à l’époque peu de temps avant par les frères Gougeon. Parallèlement, JSEI, une société marketing de Detroit, parvient à embarquer Renault dans cette aventure en tant que sponsor principal. »

12 cylindres en V

Le propulseur était pour le moins particulier… Il s’agissait d’un moteur d’avion de la Deuxième Guerre Mondiale : un bloc Allison à 12 cylindres en V, qui équipait l’avion de chasse de renommée mondiale, le North American P-51 Mustang. Le bloc V12 de la création baptisée « U-3 Miss Renault/Elf » affichait une cylindrée de pas moins de 28 litres. Et ce n’était pas tout : ce 12 cylindres était gavé par un double turbo et une injection. Le moteur Allison développait ainsi la folle puissance de 3.000 ch, au régime de 4.000 tr/min. La coque mesurait 8,66 mètres de long et 4,21 de large. Son poids était « limité » à 2.450 kilos.

Une Fuego turbo

« Lors de la première saison 1983/84, c’est E. Milner Irvin III qui pilotait l’U-3. Il n’y avait à l’époque aucune limite technique. Et Miss Renault a directement connu le succès, gagnant l’Executive Inn Trophy Race (Evansville, IN), avant de remporter le championnat du Monde UIM 1983 dans la course de Clear Lake, à Houston, au Texas. Cinq pays différents prenaient part à cette course. »

Le moteur Allison développait ainsi la folle puissance de 3.000 ch.
John Doe

Après avoir remporté la victoire du Championnat du Monde UIM, tous les membres de l’équipe ont pu, comme promis, choisir gratuitement une Renault de leur choix. Sans hésiter, tous ont opté pour une Fuego turbo.

La performance du bateau reste toujours dans les livres d’histoire de la discipline, l’hydroplane Miss Renault ayant établi divers records. Ce fut notamment le premier bateau à moteur Allison ayant remporté le Championnat du Monde UIM. Trois records restent encore invaincus aujourd’hui. Le plus impressionnant est sans doute le record de vitesse en qualification avec un moteur turbo : le parcours de 2,5 miles a été bouclé à une vitesse de 208,79 km/h. Parmi les autres prix, on note aussi le Society of Automotive Engineers (SAE) Award, récompensant le bateau le mieux amélioré techniquement de la saison. Le prix du meilleur propriétaire d’écurie a également été attribué par l’Unlimited Racing Commission à Jerry Schoenith, tandis que celui de chef d’équipe de l’année (octroyé par la même organisation) revenait à Jim Kerth. Et Renault/American Motors a reçu le Seattle Seafair Marketing Award. Miss Renault a terminé cette année-là à la 5e place du championnat national de la discipline.

 En 1984, l’équipe a ajouté à Miss Renault un aileron arrière innovant et un système d’échappement expérimental. Le bateau a terminé chaque course de la saison, se plaçant même à plusieurs reprises sur le podium.

Hors service

La coque a été mise hors service à la fin de la saison 1984. Jerry Schoenith a demandé aux Rutt Brothers d’équiper le bateau d’une nouvelle coque et d’un double V8 sans limite de puissance. La coque reconfigurée fut prête en 1991 et prit part aux courses de la classe Unlimited Reciprocating, sous le nom UR-5. L’engin était équipé d’un cockpit fermé de F-16, avec dôme d’avion de combat et des stabilisateurs arrière verticaux avancés. Pour animer l’engin, on trouvait deux moteurs Mercury Racing V8 offshore de 8,2 litres de cylindrée, à double injection. Ce UR-5 Edge a figuré au premier rang tout au long de la saison 1991 et a même pris la vedette lors de la Top Gun Hydrofest, à Pearl Harbor (HI). Le bateau de course a ensuite pris sa retraite et fut entreposé dans l’usine des Rutt Brothers, à Pasco (WA).

Et en 2018, soit 27 ans plus tard, Alex Bogert a acheté le bateau aux frères Rutt, y compris la remorque spéciale permettant de le transporter. L’UR-5 n’avait alors plus effectué de sortie publique depuis 1991. Il était toutefois dans un état impeccable car les anciens propriétaires avaient pris soin de le stocker dans un environnement à bonne température. En décembre 2018, l’UR-5 a été transporté dans son nouveau port d’attache, dans le quartier des entrepôts de Detroit. Ces derniers mois, il y eut beaucoup de travail effectué pour que la vielle Miss Renault puisse participer à la saison 2019 H1 Unlimited, qui a entre-temps débuté. Ceux qui veulent suivre l’évolution de ce bateau chargé d’histoire peuvent se rendre sur Bogert Racing Enterprises op Facebook.